tes questions sur le carême
Qu’est-ce que le Carême pour les chrétiens exactement ?
Le Carême est une période de quarante jours que les chrétiens s’accordent chaque année pour préparer la grande fête de Pâques (la célébration de la résurrection de Jésus). En 2026, ce chemin commence le mercredi 18 février (mercredi des Cendres) et nous conduit jusqu’au dimanche 5 avril.
Le mot « conversion » peut paraître impressionnant, mais il signifie simplement « changer de regard » ou « se tourner vers ». Le Carême n’est pas une performance sportive ou un défi de volonté pure. C’est un temps pour laisser un peu plus de place à Dieu dans sa vie et se laisser guider par son esprit de paix.
Le Carême nous mène à la Semaine sainte (qui débute le 29 mars 2026). Durant ces jours intenses, les chrétiens font mémoire du dernier repas de Jésus, de sa mort sur la croix et, enfin, de sa victoire sur la mort le matin de Pâques.
Pourquoi les chrétiens font-ils le Carême ?
La réponse arrive bientôt !
Quelle est l’origine du Carême dans la Bible et la tradition chrétienne ?
La réponse arrive bientôt !
En quoi le Carême des chrétiens est-il différent du Ramadan des musulmans ?
La réponse arrive bientôt !
Pourquoi le Carême dure-t-il 40 jours ?
La réponse du Frère Antoine Odendall, dominicain du couvent de Marseille, délégué à la pastorale liturgique et sacramentelle du diocèse :
Les 40 jours du Carême n’ont pas toujours existé. Tout commence avec les catéchumènes, ces hommes et ces femmes qui se préparent à recevoir le baptême. La toute première version de ce temps de préparation ne s’appelait pas encore « Carême », et elle ne durait que… une journée. Une retraite condensée, intense, donnée par l’évêque lui-même avant le grand moment du baptême. Puis, peu à peu, ce temps s’est étiré. L’Église a développé ce qu’on appelle les scrutins : des moments où toute l’assemblée accompagne, observe, scrute les catéchumènes dans leur cheminement. Peu à peu, la communauté entière entre dans la dynamique de préparation. C’est au IVe siècle qu’on voit clairement apparaître un Carême de 40 jours.
Ce n’est donc pas une règle tombée du ciel toute faite. C’est une réponse vivante de l’Église à un besoin réel : prendre le temps de se préparer vraiment, en profondeur. Et cette histoire dit quelque chose d’important : le Carême n’est pas un temps personnel, mais c’est un temps communautaire où toute l’Eglise se prépare à revivre sa Pâque.
Cela nous libère aussi d’un piège classique : se dire « j’ai raté 4 jours, donc les 36 suivants sont ratés. » Non. Jusqu’au dernier jour, il est possible de se réveiller et de faire ce pour quoi le Carême existe : convertir son cœur. Ce n’est pas un concours de régularité. C’est une invitation toujours ouverte.
Si le rythme du Carême a été rompu — trop de travail, une semaine qui a tout bousculé — il n’est jamais trop tard pour reprendre. L’idéal est de se fixer un point de départ simple et tenu : une prière le matin, une lecture, un geste concret. Le Carême ne juge pas le départ, il regarde la direction, l’état du cœur et de l’esprit à l’arrivée.
Les dimanches comptent-ils dans les 40 jours du Carême ?
La réponse du Frère Antoine Odendall, dominicain du couvent de Marseille, délégué à la pastorale liturgique et sacramentelle du diocèse :
« Le dimanche, c’est pas Carême. » On l’entend souvent, parfois avec un sourire un peu trop soulagé. Alors, vrai ou faux ?
C’est une déformation. Elle s’est installée vers le VIIIe siècle, à une époque où le Carême était compris presque exclusivement comme un temps pénitentiel : jeûne, mortifications, austérité corporelle. Or ces pratiques ne se font pas le dimanche — le dimanche est toujours jour de résurrection, donc de fête. Conclusion logique, mais réductrice : on a fini par « sortir » les dimanches du décompte, comme si le carême s’arrêtait chaque semaine pour souffler, et reprendre le lendemain.
Le problème, c’est que le Carême n’est pas seulement une préparation du corps. C’est une préparation du cœur, façonnée par la prière et la Parole de Dieu. Et justement : les dimanches de Carême sont les moments où les textes évangéliques sont les plus forts, les plus directs sur la conversion et la rencontre avec le Christ. Comment dire que ces dimanches-là ne feraient pas partie du Carême ? Non seulement ils comptent, mais ils en sont les étapes majeures. Ce sont les jalons spirituels du chemin, et non des parenthèses.
Les lectures et les oraisons des dimanches de Carême forment un véritable itinéraire spirituel — il vaut la peine de les parcourir quelques minutes avant la messe, même brièvement. Se renseigner aussi sur le sens des scrutins, si des catéchumènes sont présentés dans votre paroisse, permet de revivre à travers eux le chemin que vous avez vous-même reçu.
Que représentent les 40 jours dans la foi chrétienne ?
La réponse du Frère Antoine Odendall, dominicain du couvent de Marseille, délégué à la pastorale liturgique et sacramentelle du diocèse :
Le chiffre 40 revient tellement dans la Bible qu’on pourrait croire que c’est le chiffre favori de Dieu. Et d’une certaine façon, c’est vrai — mais pas pour les raisons qu’on imagine.
Jésus passe 40 jours au désert avant de commencer sa mission publique. Le peuple hébreu erre 40 ans dans le désert avant d’entrer dans la Terre promise. Moïse reste 40 jours sur le Sinaï pour recevoir la Loi. Le déluge dure 40 jours et 40 nuits. Élie marche 40 jours vers la montagne de Dieu, l’Horeb. La ville de Ninive reçoit 40 jours pour se convertir dans le livre de Jonas.
Dans tous ces cas, le 40 n’est pas une précision mathématique. C’est le symbole d’une durée qui se résume en un mot : « longtemps ». Suffisamment longtemps pour que quelque chose se transforme vraiment. Suffisamment longtemps pour traverser le désert, pour se laisser façonner, pour discerner si l’on est prêt.
40 jours de préparation avant le baptême ou avant Pâques rejoignent donc toute cette symbolique. C’est un temps pour creuser en soi le désir, pour donner sa place au Seigneur, pour prendre conscience qu’un événement majeur approche et qu’il mérite mieux qu’une préparation de dernière minute. On y travaille « longtemps » !
40 jours, disent les scientifiques, c’est aussi une durée connue pour ancrer une habitude dans la vie quotidienne. Choisir une pratique simple — une prière le matin, une lecture, un geste de service régulier — et la tenir sur la durée du Carême, c’est se donner une vraie chance qu’elle devienne naturelle bien au-delà de Pâques.
Pourquoi commence-t-on le Carême avec le mercredi des Cendres ?
La réponse du Frère Antoine Odendall, dominicain du couvent de Marseille, délégué à la pastorale liturgique et sacramentelle du diocèse :
Le mercredi des Cendres n’a pas toujours été le point de départ du Carême. Il a été ajouté précisément pour compenser les dimanches non jeûnés et pouvoir compter 40 jours de jeûne effectif.
La question a failli être tranchée autrement. Lors de la réforme liturgique de Vatican II, les experts ont suggéré au pape Paul VI de revenir à la méthode ancienne et de faire commencer le Carême au premier dimanche de Carême, de compter les dimanches, et de s’arrêter le soir du jeudi saint. Il a refusé. Sa raison : le mercredi des Cendres était ancré dans la mémoire chrétienne comme jour de jeûne et d’abstinence, et il serait étrange de commencer le Carême un dimanche où la pénitence n’est pas de mise. Il a donc préféré sacrifier le nombre réel de 40 jours (car notre Carême qui court du mercredi des cendres au soir du jeudi saint en fait plus ou, si l’on enlève les dimanches, en fait moins !) pour préférer un temps plus symbolique mais fidèle à la tradition de l’Église.
Dans la Bible, celui qui se met de la cendre sur la tête veut manifester une repentance immense, une tristesse profonde pour son péché. C’est un geste très fort. Le Carême commence donc dans le jeûne et dans l’affliction — pour mieux en sortir par la joie de Pâques.
Aujourd’hui les cendres connaissent un vrai regain de popularité, et c’est heureux. Mais quel dommage quand ceux qui se pressent pour les recevoir ne font pas l’effort de vivre vraiment le Carême, ou même d’aller à la messe à Pâques. C’est un peu comme se ruer dans un magasin de location de ski, choisir ses équipements avec soin… puis refuser de prendre la remontée mécanique et passer à côté de toute la joie de la glisse pour laquelle on s’était équipé. Les cendres, c’est le tout début. Attention de ne pas rater la suite du chemin.
C’est quoi la mi-Carême ? A-t-on le droit de faire une pause ?
La réponse du Frère Antoine Odendall, dominicain du couvent de Marseille, délégué à la pastorale liturgique et sacramentelle du diocèse :
Il y a mi-Carême et mi-Carême !
La liturgie prend en compte un besoin humain réel : lorsque la route est longue, on a besoin d’un peu d’eau fraîche pour trouver la force de continuer. Cette eau fraîche liturgique, c’est le dimanche de Laetare — « soyez dans la joie » — le 4e dimanche de Carême. La tonalité est plus festive : on mélange un peu du blanc de Pâques au violet du carême pour obtenir des ornements roses. L’orgue peut à nouveau sonner de toute sa puissance, les fleurs retrouvent leur place dans le sanctuaire. C’est un jour de joie qui rappelle ce pour quoi on jeûne et on se prépare — une joie qui se fait proche, que l’on désire déjà.
Puis il y a la mi-carême populaire, où la détente porte plutôt sur les exercices de pénitence. Celle-là n’est pas prévue par l’Église. On dit qu’elle est née du fait que, les anciens se privant d’œufs pendant le Carême, ils se retrouvaient après 20 jours avec une abondance d’œufs à consommer avant qu’ils ne se perdent — d’où les crêpes à mi-parcours. Même si l’Église n’a pas institué cela, elle fait preuve d’une certaine tolérance pour un moment de reprise de forces. Mais il est plus juste de faire coïncider ces deux mi-carêmes : festoyer le dimanche de Laetare, c’est rejoindre l’intention liturgique de l’Église.
Le dimanche de Laetare peut être l’occasion d’un repas un peu plus festif qui redonne de l’élan pour la deuxième partie du carême. La joie n’est pas une interruption du chemin — elle nous en montre le terme.
Que fête-t-on exactement à la fin du Carême ?
La réponse du Frère Antoine Odendall, dominicain du couvent de Marseille, délégué à la pastorale liturgique et sacramentelle du diocèse :
À la fin du Carême, nous fêtons notre association à la passion, à la mort et à la résurrection de Jésus. C’est pour cela que dure la préparation. Être participants de ce que vont vivre ceux qui reçoivent le baptême. Prendre part au repas de la Cène. Laisser Jésus laver les pieds. Le suivre à Gethsémani et sur le chemin de croix. Se tenir debout avec Marie dans l’attente, et ressusciter avec lui pour la vie éternelle.
Tout cela, nous l’avons reçu lors du baptême. Mais chaque année, l’Église nous invite à revivre cet itinéraire baptismal — ce passage de la mort à la vie avec le Christ. Pas comme une répétition, mais comme un approfondissement. Le même désert n’est jamais traversé deux fois de la même façon.
La Vigile pascale est le cœur de cet itinéraire. Elle est le sommet de ce qu’on appelle le Triduum pascal : vendredi, samedi, dimanche. Le jeudi soir l’anticipe par le dernier repas, le vendredi par la passion, le samedi par l’attente silencieuse. Et le dimanche par la résurrection.
Souvenons-nous que la célébration majeure du Triduum est la Vigile pascale. Prévoir sa soirée du Samedi saint dès le début du Carême est important, et pourquoi pas y amener quelqu’un qui ne la connaît pas encore ?
Puis-je être baptisé et devenir chrétien même si je n’ai pas fait le Carême ?
La réponse du Frère Antoine Odendall, dominicain du couvent de Marseille, délégué à la pastorale liturgique et sacramentelle du diocèse :
Le baptême ne dépend jamais de nos pratiques, mais de l’état de notre cœur. La préparation du cœur ne se fait pas que pendant le Carême, et il est tout à fait possible de se préparer au baptême à n’importe quel moment de l’année.
Cependant, le Carême occupe aujourd’hui une place importante dans le parcours des catéchumènes, et c’est souvent là que se vit la partie la plus intense de leur chemin. Être baptisé dans la joie de la Vigile de Pâques, après 40 jours de préparation intense, rejoint exactement ce pour quoi le Carême a été fait — ce qui l’a vu naître : la préparation intense de ceux qui voulaient rejoindre le Christ et son Église.
Ce n’est donc pas une obligation au sens strict, mais une cohérence profonde. Le Carême a été forgé pour les catéchumènes. Y entrer, c’est marcher dans les pas de tous ceux qui, depuis des siècles, se sont préparés de la même façon à recevoir le même sacrement.
Qu’est-ce que le jeûne selon l’Église catholique ?
La réponse de Mgr Gérard Le Stang, évêque d’Amiens :
Jeûner, pour un catholique, consiste à s’abstenir de nourriture, d’une façon qui nous coûte, mais sans mettre en péril sa santé (on ne cesse pas de boire de l’eau par exemple). On jeûne pour donner plus de place à Dieu. Et aux autres. Pour mieux vivre l’amour de Dieu et du prochain. Dieu nous dit en quelque sorte : « Tu as du prix à mes yeux. Je me donne pour toi, en sacrifice d’amour, dans le mystère de la Croix. Écoute-moi. Suis-moi ». Jeûner est une épreuve de l’âme et du corps qui dit qu’on veut sortir de nos égoïsmes et ne pas céder aux tentations mauvaises. On peut jeûner toute l’année, en priant pour des causes qui nous tiennent à cœur. Le temps du Carême est cependant le temps privilégié pour jeûner.
La privation de nourriture peut s’étendre à des privations, pour un temps, de choses bonnes mais prenantes (soirées, loisirs…) ou à se libérer définitivement, de choses mauvaises (tabac, alcool, drogues, usage déviant des réseaux sociaux et autres habitudes ou addictions envahissantes). Encore une fois : pour donner plus de place à Dieu dans la vie et mieux aimer les autres. Il n’y a pas d’horaire particulier (comme dans le Ramadan) pour le vivre, mais l’Église propose de le vivre ensemble chaque vendredi de Carême, le mercredi des Cendres et le vendredi Saint.
Jeûner nous rappelle les privations des Hébreux au désert durant 40 ans, et les tentations de Jésus au désert (40 jours). Ce sont des périodes au cours desquelles le Peuple a appris à se laisser conduire par Dieu, et durant lesquelles Jésus a vaincu toute tentation.
Jeûner se fait avec humilité et discrétion, sans se mettre en valeur, même si cela peut être vécu en communauté. Car ce n’est pas une performance (genre diète ou régime) ni un moyen de salut par soi-même, mais une manière d’ouvrir toute sa personne à Dieu. Le jeûne est fortement relié aux deux autres moyens cités par Jésus : la prière et le partage (ou aumône).
La parole de Jésus est essentielle : Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra (Mt 6, 17-18).
Jeûner est un chemin de joie et un entraînement, les yeux fixés sur Jésus crucifié et tendu vers la Résurrection.
Le jeûne est-il obligatoire pour les chrétiens ? Quels jours faut-il jeûner pendant le Carême ?
La réponse du père Nicolas Rousselot, jésuite, chapelain de l’église Saint-Ignace à Paris :
Jésus a jeûné pendant 40 jours, juste après son baptême, poussé par l’Esprit Saint. A sa suite, les chrétiens jeûnent spécialement le mercredi des Cendres et le Vendredi saint, c’est-à-dire en mangeant le strict minimum, en priant et en faisant des aumônes. Tous ne sont pas obligés de le faire, surtout si on est en mauvaise santé, car le jeûne est une expérience de fragilisation du corps. Mais c’est curieux, le jeûne est aussi une expérience de joie où on éprouve dans son corps qu’on ne peut compter que sur Dieu. On regarde en face notre peur d’avoir faim et ce réflexe de remplir tout de suite notre estomac, et on le prie : « Seigneur, toi seul peux réellement remplir mon cœur ! ».
Jeûner n’est pas un acte héroïque, c’est pourquoi il est toujours lié à la prière et aux aumônes, car le risque de l’orgueil est là. Si le jeûne est pour moi un moyen pratique de perdre du poids, de retrouver ma ligne, je dois faire bien attention car une fois encore, je serais tourné vers mon image et non vers Celui pour qui je jeûne.
Quelle est la différence entre jeûne et abstinence ?
La réponse de sœur Anne-Claire Dangeard, o.p., membre de l’équipe « Carême dans la Ville » :
Jeûne et abstinence, le combo parfait pour ce temps de Carême ! On a tendance à mélanger les deux, mais dans la tradition de l’Église, le jeûne et l’abstinence sont comme deux outils différents dans une même boîte à outils. Ils ne servent pas à la même chose, même s’ils visent le même but : nous rendre plus légers et plus disponibles.
« Que l’esprit soit le maître de la chair. Qu’il se prive des plaisirs extérieurs pour fortifier sa vigueur intérieure. » Léon le Grand
Le jeûne, techniquement, c’est la réduction de la nourriture globale sur une journée. En gros, on fait un seul vrai repas et on prend deux petites collations légères. Aujourd’hui, l’Église le demande principalement deux fois par an (le mercredi des Cendres et le Vendredi saint). Et tous les vendredis si nous le pouvons.
Par ces temps d’ascèse et de pénitence, nous cherchons à acquérir la maîtrise sur nos instincts et la liberté du cœur.
Pourquoi s’infliger d’avoir un peu faim ? Ce n’est pas pour se punir ! L’idée, c’est de rappeler à notre corps que c’est l’esprit qui commande, et non nos instincts. Le jeûne nous permet de nous souvenir que notre besoin le plus profond n’est pas seulement matériel.
Le jeûne nous permet donc de nous alléger de ce qui nous captive : réseaux sociaux, alcool, tabac, écrans… Et aussi : « Demandons la force d’un jeûne qui passe aussi par la langue, afin que diminuent les paroles qui blessent et que grandisse l’espace pour la voix de l’autre. » (Pape Léon XIV, message de Carême 2026)
Se priver volontairement d’une habitude confortable, c’est reprendre les commandes de sa vie et de son temps.
L’abstinence, c’est le fait de se priver d’un aliment spécifique, traditionnellement la viande. On la pratique tous les vendredis de Carême (et idéalement tous les vendredis de l’année, même si on peut la remplacer par une autre forme de privation en dehors du Carême).
À l’origine, la viande était un plat de fête, un luxe. S’en priver, c’est choisir la sobriété. C’est aussi un acte de solidarité avec ceux qui n’y ont pas accès tous les jours. Enfin, c’est un signe d’unité : savoir que des millions de personnes font ce petit geste simple le même jour crée une communion invisible. On renonce au « meilleur » pour se concentrer sur « l’essentiel ».
Un défi qu’on te propose : le jeûne de l’attention. Pendant une journée, décide de ne pas consulter les réseaux sociaux. Le « vide » créé par l’absence de notifications par exemple, peut se révéler aussi puissant que la faim pour se recentrer sur l’instant présent.
Quelles sont les règles pour réussir le Carême ?
La réponse arrive bientôt !
Qu’est-ce qui peut « casser » un Carême ?
La réponse arrive bientôt !
Peut-on « rater » son Carême ?
La réponse arrive bientôt !
Que faire si j’ai « craqué » et que je n’ai pas tenu mes résolutions ?
La réponse arrive bientôt !
Si on est malade ou indisposé mentalement, est-on « dispensé » du Carême ?
La réponse arrive bientôt !
Peut-on « rattraper » son Carême ?
La réponse de Luclétia Johnson, adjointe en Pastorale scolaire dans le Val d’Oise, chargée de mission pour la pastorale des adolescents pour la Conférence des évêques de France :
Le Carême, ce n’est pas juste une case à cocher dans le calendrier. C’est un moment où tu choisis, vraiment, de prendre un chemin intérieur. C’est accepter de changer de cap, de laisser Dieu mettre un peu d’ordre, de lumière et de vie dans ton cœur.
Pendant 40 jours, Dieu t’invite à revenir vers Lui. Pas pour te juger. Pas pour te surveiller. Mais pour t’aimer, et t’aider à aimer.
Le jeûne, la prière, la charité… ce ne sont pas des performances. Ce sont des chemins pour t’ouvrir davantage à Lui et aux autres. Parce que Dieu est Amour, et son projet pour toi, c’est que tu apprennes à aimer comme Lui.
Le Carême dure 40 jours.
Pas 38. Pas 42. Ni 39. 40.
Et si tu rates un jour, si tu lâches un effort, si tu ne le vis pas “parfaitement”… est-ce que tu dois le rattraper ? Non !
Dieu n’est pas un comptable. Il ne coche pas des cases dans un cahier. Il est miséricorde. Il te laisse avancer pas à pas.
Ce qui compte, ce n’est pas la perfection. La perfection, elle n’est pas de ce monde.
Seul Dieu est parfait.
Ce qui compte, c’est que tu aies décidé de te lancer dans ce chemin. Que tu essaies. Que tu reviennes quand tu t’éloignes. C’est ça, le vrai combat. C’est ça, la vraie fidélité.
Et après Pâques ? Là, c’est la joie ! La vie ! La Résurrection !
On ne vit pas dans le regret. On ne rattrape pas. On avance.
Alors non, on ne rattrape pas son Carême. Même si tu as l’impression de ne pas l’avoir bien fait.
Comme dit l’Écriture :
« Il y a un moment pour tout, et un temps pour chaque chose sous le ciel. »
Qohèleth 3,1
Et le plus important c’est que Dieu marche avec toi. Toujours !
Comment faire un « bon jeûne » quand on est chrétien ?
La réponse arrive bientôt !
Peut-on manger « normalement » pendant le Carême ?
La réponse arrive bientôt !
Qu’a-t-on le « droit » de manger pendant le Carême ?
La réponse de frère Philippe Jeannin, dominicain, membre de l’équipe « Carême dans la Ville » :
Eh bien tout ! Parce qu’il n’y a plus d’aliments interdits ou impurs…
C’est Jésus lui-même qui l’affirme : « Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans l’homme, en venant du dehors, ne peut pas le rendre impur, parce que cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, pour être éliminé ? » C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments, conclut l’évangéliste Marc. (Mc 7, 18-20)
Les Actes des Apôtres racontent l’aventure de Pierre se rendant chez le centurion Corneille à Césarée. Alors qu’on lui prépare à manger, il tombe en extase et voit comme une grande toile avec tous les quadrupèdes, reptiles et oiseaux du ciel. Et une voix s’adresse à lui : « Debout, Pierre, offre-les en sacrifice, et mange ! » Pierre dit : « Certainement pas, Seigneur ! Je n’ai jamais pris d’aliment interdit et impur ! » À la seconde fois, la voix lui dit : « Ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne le déclare pas interdit. » (Ac 10, 10-15)
Eh bien tout ! Parce que tout nous est permis… mais…
Si les chrétiens peuvent manger de tout, saint Paul ajoutera une nuance. Aux Corinthiens, il écrit : « Tout m’est permis », dit-on, mais je dis : « Tout n’est pas bon » … Les aliments sont pour le ventre, et le ventre pour les aliments ; or Dieu fera disparaître et ceux-ci et celui-là. (1 Co 6, 12-14)
Et lorsqu’on lui demande si l’on peut manger de la viande sacrifiée aux idoles, il répond : « Ce n’est pas un aliment qui nous rapprochera de Dieu. Si nous n’en mangeons pas, nous n’avons rien de moins, et si nous en mangeons, nous n’avons rien de plus. Mais prenez garde que l’usage de votre droit ne soit une occasion de chute pour les faibles… C’est pourquoi, si une question d’aliments doit faire tomber mon frère, je ne mangerai plus jamais de viande, pour ne pas faire tomber mon frère. » (1 Co 8, 8-13)
S’il n’y a plus d’interdit alimentaire, si tout nous est permis, tout n’est pas bon pour autant. Non pas l’aliment en tant que tel, mais le fait de manger qui pourrait scandaliser un frère plus fragile que moi face à la nourriture.
Mais encore…
Un jour, les disciples demandent à Jésus : « Pour quelle raison n’avons-nous pas réussi à expulser ce démon ? » Jésus leur répond : « En raison de votre peu de foi… Quant à cette espèce, on ne la fait sortir que par la prière et le jeûne. » (Mt 17, 19-21)
Et voilà un autre élément de réponse : le Carême est ce temps offert pour nous réajuster à Dieu, à notre prochain et à nous-même. Une reprise en main de notre quotidien, physique et spirituel, dont font partie le jeûne, la prière ainsi que le partage.
La tradition catholique marque l’ouverture – le mercredi des Cendres – et la fin du Carême – le Vendredi saint – par deux jours de jeûne et abstinence. Les autres jours, chacun est invité à accorder son jeûne selon son âge et sa santé… Réduction ou privation de consommation de viande, de vin, de sucreries… à table mais aussi de tabac ou de réseaux sociaux… pour les plus addicts. Non pas d’abord pour soi mais dans un geste de partage. Donner ce dont je me prive à qui en a besoin, ou consacrer le montant économisé à une œuvre de charité.
Si j’ai le droit de tout manger pendant le Carême, je me fais surtout un devoir de partager…
Le jeûne chrétien est-il une « détox » comme les autres ?
La réponse de Suzanne Lamartinière, responsable du catéchuménat pour le diocèse de Cahors :
Tu as dit « détox », désintoxication ? Oui on pourrait le voir de cette manière, si on considère que pendant le Carême, le jeûne nous permet de nous éloigner de ce qui ne convient pas à la santé de notre corps mais surtout de notre âme ! Nous allons d’une certaine manière en effet, « scruter » nos habitudes pour percevoir ce qui entrave notre liberté d’amour et donc ce qui intoxique notre relation à Dieu et aux autres. En ce sens, nous pouvons sans doute parler de « détox ».
Le jeûne peut alors prendre plusieurs formes, la nourriture pour certains jours en particulier, mais aussi notre manière d’être comme un chemin de conversion plus intérieur.
Voici par exemple un bien curieux programme du pape Léon XIV pour cette année. Il nous encourage à « désarmer le langage pour ouvrir des chemins de paix » en nous proposant de nous abstenir « des paroles qui heurtent et blessent le prochain ». Il invite à « désarmer le langage », à renoncer « aux mots tranchants, aux jugements hâtifs, à la médisance et aux calomnies ». À la place, il encourage à cultiver la gentillesse : « efforçons-nous plutôt d’apprendre à mesurer nos paroles et à cultiver la gentillesse : au sein de la famille, entre amis, dans les lieux de travail, sur les réseaux sociaux, dans les débats politiques, dans les moyens de communication, dans les communautés chrétiennes ».
Alors, affirme-t-il, « des paroles de haine laisseront place à des paroles d’espérance et de paix ».
Si tu le veux bien, poursuivons un peu plus loin cette réflexion. Pouvons-nous réellement dire en définitive que le jeune chrétien est une simple « détox » comme les autres ?
Je t’invite à contempler Jésus au désert avant sa passion, il s’en va au désert et il y jeûne durant 40 jours ! De quelle « détox » avait-il besoin ? Au cours de sa première tentation, il dira au tentateur : « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui vient de la bouche du Seigneur » (Mt 4,4).
Ceci nous amène au cœur même de la question, ce pourquoi le chrétien jeûne : c’est d’abord une faim et une soif de Dieu lui-même ! Le chrétien jeûne comme un ami qui attend un ami. Il désire Dieu au plus intime de lui-même, il brûle de sa rencontre avec l’Eternel son Créateur et Jésus Notre Frère et Notre Sauveur. Celui-là même sans qui tout est perdu… ?
C’est d’abord une histoire d’Amour, une quête de l’essentiel, de l’essence même de notre vie, du sens de toute la création ; et cela change tout ! Alors oui on peut se priver avec mesure de tout le reste, de toutes les choses créées ?
Attention, jeûner toujours avec mesure. C’est comme un entraînement progressif, mais sincère, avec amour et recherche du bien. Comme un grand sportif qui a besoin de s’entraîner tout au long de l’année, à l’approche des compétitions, il convient d’intensifier son entraînement pour atteindre son but. Ainsi va la vie chrétienne !
Pendant les temps de pénitence, (l’Avent et le Carême), nous redoublons d’efforts pour mieux aimer, ou si tu préfères, pour mieux nous disposer à écouter Dieu et nous laisser instruire et renforcer par Sa Parole.
La perle du jeûne
Il est bon de jeûner pour remettre Dieu au centre de ta vie, et susciter en toi la faim de la Parole de Dieu. On pourrait dire que tu fais de l’espace pour laisser Dieu seul se déployer le plus largement possible dans sa demeure, et donc à la vie qui va naître, la Vie du ressuscité, ayant vaincu la Mort.
Jeûner, c’est prier avec son corps ; pour développer, susciter ou réveiller en toi une autre faim, combien plus précieuse, celle de Dieu : (Ps 62 : Dieu tu es mon Dieu je te cherche dès l’aube, mon âme à soif de Toi.
Sans cette raison fondamentale, notre « programme détox » serait un peu vide de sens.
Que peux-tu mettre en œuvre pour accueillir Dieu, les autres et toi-même ? Voici quelques astuces :
Tu as compris, il sera bénéfique de prendre du temps pour écouter la parole de Dieu, seul et avec les autres. Jeuner ne va pas beaucoup t’aider. C’est peut-être le moment d’acheter une Bible, il y a l’application AELF qui te donne les évangiles du jour. Pourquoi pas revenir aux célébrations eucharistiques un peu plus souvent ? le samedi soir par exemple si le dimanche matin est difficile ? Il y a plusieurs manières de prier, tu peux en essayer plusieurs pour choisir celle qui te convient le mieux.
Tu peux aussi, si le cœur te dit, essayer un temps de désert comme Jésus en prenant deux ou trois jours de retraite. En général, les monastères ou les communautés religieuses proposent des temps pour les 18-35 ans.
Puisque jeûner c’est prier avec ton corps, il faut entrer dans le pratico-pratique :
Au début du Carême, note sur ton agenda, les jours, où tu veux jeûner y en a deux « obligatoires » le Mercredi des cendres et le Vendredi Saint (le 3 avril), jour de la mort de Jésus sur la Croix. Tu seras en communion avec toute l’Eglise universelle. Tu peux prendre le temps de lister les noms de tous ceux que tu veux porter dans ta prière, (colle les au-dessus de ton lit ou dans ton coin prière), comme ça tu n’oublieras pas de les mentionner dans ta prière.
Tu peux aussi noter une demande précise au Seigneur pour ce temps de pénitence, et à la fin du Carême tu pourras rendre grâce d’avoir contribué à élever le monde par la force de la prière, que l’Esprit-Saint aura soufflé à ton cœur.
Si tu le peux, choisis un moment pour prier, comme un rdv précieux avec le Seigneur. Cela n’a pas besoin d’être long, 10 à 15 minutes. Choisis-le de sorte à pouvoir le garder après le temps du carême pour que cela devienne un habitus.
En plus, tu peux aussi dès que tu sens le désir de prier, lâche tout, ne serait-ce qu’un instant, il t’appelle, tiens-toi devant Lui, quelque fois juste un « Merci Seigneur » suffit ! C’est la prière spontanée dans la journée, qui rend Dieu présent tout au long de ma journée, alors je prends conscience qu’il est bien Vivant et présent à mes côtés !
N’oublie pas de te rendre, dans la mesure du possible aux grandes célébrations de ce temps du Carême, en te renseignant dans ta paroisse, vivre ce temps avec les autres croyants augmente l’Espérance.
Oui on peut dire que le jeûne chrétien est une « détox » mais pas comme les autres ; c’est une « détox » du cœur, que le Seigneur opère dans l’âme !
Pourquoi les chrétiens mangent-ils du poisson le vendredi ?
La réponse de Mgr Grégoire Drouot, évêque de Nevers :
Le vendredi n’est pas un jour tout à fait comme les autres. Les chrétiens font mémoire de la passion et de la mort de Jésus. Pour cette raison l’Église nous invite à marquer une rupture dans le cours ordinaire de notre semaine. Pour nous préparer à la joie du dimanche illuminée par la Résurrection du Seigneur, le vendredi est un jour de pénitence qui se traduit par un changement d’habitude alimentaire. La viande dans la Bible est souvent synonyme de repas de fête, aux cotés, bien sûr de bons vins ! Ainsi la joie du Royaume est associée dans l’Ancien testament à un banquet de « viandes succulentes » (Is 25,6) ; et dans l’évangile, pour fêter le retour du fils prodigue, son père plein de compassion fait tuer « le veau gras » (Lc 15, 27) ! Ainsi le poisson, aliment plus humble, a pu être choisi pour honorer le jour où Jésus offre sa vie sur la croix.
Cependant cette tradition a des racines plus spirituelles. En grec, poisson se dit ichtus, l’acronyme de « Jésus-Christ, Fils du Dieu Sauveur ». Les premières communautés chrétiennes se reconnaissaient grâce au symbole du poisson… que certains arborent aujourd’hui à l’arrière de leur voiture ! Manger du poisson le vendredi nous engage à nous unir au Christ, notre Sauveur, dans l’offrande que nous faisons de nous-mêmes à travers une pénitence alimentaire.
Note que la règle édictée par l’Église à ce propos ne comporte pas la mention du poisson. Elle demande de nous abstenir « de viande ou d’une autre nourriture ».
A toi de faire le bon choix, en cherchant à modifier ton régime alimentaire avec des produits sains et bon marché, pour te faire proche du Seigneur qui s’est fait proche des plus pauvres.
À quel âge doit-on commencer et arrêter de jeûner ?
La réponse de Mgr Grégoire Drouot, évêque de Nevers :
L’Eglise, dans sa sagesse, recommande l’abstinence (de viande ou d’une autre nourriture) à partir de 14 ans et le jeûne entre 18 et 60 ans. Les enfants, les adolescents, les personnes âgées ou malades ne sont pas tenus à ces règles alimentaires. Un évêque de Toulon au XVIIIe siècle, attentif aux conditions de vie des plus pauvres, constatait que pour « ceux qui travaillent à la campagne leur nourriture est ordinairement si mauvaise que, quel que soit leur travail, il est toujours assez considérable pour les dispenser de jeûne, puisque leur vie est pour ainsi dire un jeûne continuel ». Le jeûne peut d’ailleurs prendre des formes différentes lorsque, pour telle ou telle raison, il n’est pas recommandé de se priver de nourriture. Tu peux songer à Carlo Acutis, récemment canonisé et qui enfant aimait apporter un repas, un sac de couchage ou offrir un mot chaleureux à quelques pauvres croisés dans la rue. « Le jeûne qui me plaît, dit le Seigneur, n’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim… couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ? » (Isaïe 58, 6-7) Et pour cela il n’y a pas d’âge…!
Peut-on faire un « jeûne de sucre » ou un « jeûne d’écrans » à la place de la nourriture ?
La réponse de Suzanne Lamartinière, responsable du catéchuménat pour le diocèse de Cahors :
Si tu te poses cette question, c’est que tu as déjà compris que le jeûne est un bon allié pendant le temps de Carême. Il va nous aider à nous alléger comme une montgolfière afin de monter toujours plus haut ! Attention, si tu as le vertige, redescendons vite sur terre. Le jeûne nous dispose, ou, si tu préfères, il nous prépare à mieux accueillir Jésus dans la prière, comme un trésor unique et sans pareille. Jésus vient nous aider à mettre de l’ordre dans notre vie, peut-être sur un point particulier, qui me concerne davantage. Alors oui cela peut être pour moi le sucre ou les écrans.
Mais alors tu te dis pourquoi ? Si le sucre est un aliment présent dans quasiment tous les aliments, nécessaire à notre bonne santé ? Et les écrans font partie de notre vie quotidienne, ils sont utiles au travail d’apprentissage, le téléphone nous aide à communiquer entre nous et bien d’autres fonctions sociales encore. Alors pourquoi un jeune de choses utiles au quotidien ?
Vois-tu Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie Jésus en 1540 nous dit en préambule dans son livre sur les « Exercices spirituels », que l’homme est créé pour Dieu et que Toutes les autres choses sur la surface de la terre sont créées pour l’homme et ainsi aider l’homme à poursuivre la fin pour laquelle il a été créé. Dans l’ancien testament, Gn1, 26-31, Dieu nous crée à son image et à sa ressemblance ! Waouh, quelle magnifique promesse !
Alors nous pouvons comprendre plus facilement ceci : qu’il s’agisse du sucre ou des écrans, ce n’est pas l’usage de la chose elle-même qui est visée, mais plutôt l’excès qui devient désordre et par conséquent nuisible… La bien visée est la maitrise, la mesure dans l’usage de la chose, afin qu’elle soit un bien pour mon corps, un vecteur de vie et non pas de mort… ?
Il est intéressant de voir comment l’Esprit Saint peut nous guider ? Et oui, tu ne pensais quand même pas faire ce chemin pendant quarante jours tout seul… ? Diminuer le sucre ou les écrans c’est difficile, il y en a partout et cela semble faire tellement de bien quand nous sommes angoissés.
Oui tu peux demander à l’Esprit Saint (« Demande ce que je dois te donner » premier livre des Rois, 3, 4-13 ») de venir à ton aide pour choisir ce qui va t’être bénéfique cette année (« donne nous aujourd’hui notre pain de ce jour ») et de quelle manière tu peux le vivre, afin que ce soit à ta mesure et porteur de plus de fruits pour toi et tes amis.
Quelques astuces :
– Pour le sucre, découvrir le marché hebdo le plus proche de chez toi, et choisir de remplacer une boisson sucrée par le fruit de cette boisson. Par exemple, manger un orange plutôt que de boire un jus d’orange.
– Astuce écrans – Eteindre, éloigner de toi ton téléphone à partir d’une certaine heure de la nuit, le mettre en mode avion afin qu’il ne sonne pas ? Pour dormir suffisamment, paisiblement comme un bébé qui rêve !
– Astuce téléphone un peu radicale : supprimer tous les contenus pornographiques car ils ne respectent ni mon corps, ni celui des autres.
Quels sont les trois piliers du Carême chrétien ?
La réponse arrive !
Pourquoi le jeûne seul ne suffit-il pas pendant le Carême ?
La réponse de Mgr Franck Javary, évêque de Châlons
Le jeûne est un bel effort qui associe notre corps, notre esprit et notre âme. Par la privation de nourriture, mais aussi de tout ce qui nous encombre (… au hasard, tes réseaux sociaux favoris !), tu te rends disponible à la volonté de Dieu. Jésus associe le jeûne avec la prière et le partage, comme tu peux le lire dans l’évangile selon saint Matthieu (6,1-18). Pourquoi ? Parce que Jésus a résumé tous les commandements de Dieu dans celui-ci : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit, et tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Le jeûne, c’est une belle manière de s’aimer soi-même en allégeant et libérant mon corps ; la prière c’est aimer Dieu en l’écoutant et en lui parlant ; le partage c’est aimer son prochain, quel qu’il soit. Donc le jeûne sans la prière et le partage n’accomplit pas la volonté de Dieu ; le jeûne n’est pas un but en soi, c’est un moyen pour mieux prier et davantage partager.
Concrètement, voici deux idées pratiques :
– Si tu choisis de passer moins de temps sur les réseaux sociaux, ce « jeûne numérique » va libérer du temps : consacre-le à la lecture de la Bible et à la prière personnelle.
– Quand tu te prives d’un repas ou renonces à un achat, tu pourrais décompter l’argent économisé et à la fin du Carême faire un don à une association de solidarité. Plus simple, si tu croises un pauvre qui a faim, donne-lui directement ce que tu avais prévu pour toi !
Comment prier davantage pendant le Carême ?
La réponse de Marie Pierre Cockenpot, déléguée générale du diocèse d’Arras
Dans l’évangile de la messe du mercredi des Cendres, on peut lire : « Quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est présent dans le secret. » (Mt 6,6)
Le décor du Carême est planté. C’est un moment favorable pour prier, se rapprocher de Dieu, se mettre à l’écart, se retrouver dans le silence. Dans l’évangile, la prière est accompagnée de l’aumône et du jeûne, c’est-à-dire du partage et de la sobriété.
Mais alors, comment prier ? Une indication de l’évangile, c’est de se mettre dans une pièce isolée et de fermer la porte. Ça peut être ta chambre ou un oratoire que tu connais, une église, celle de ton quartier ou de ta commune qui est ouverte… Un endroit où tu te sens bien. L’idéal c’est que ce soit calme et silencieux. Ce n’est pas nécessaire que tu y restes des heures ! Pour commencer, 10 minutes c’est déjà bien. Un conseil : mets ton téléphone en mode avion pour être vraiment seul avec Dieu pendant cet instant.
Tu peux avoir un petit rituel selon le lieu où tu te retrouves. Allumer une bougie, faire un signe de croix, te mettre dans une position de recueillement qui t’est confortable : debout, à genoux, assis par terre ou sur un coussin … Si c’est possible et si c’est nécessaire, tu peux mettre un fond de musique douce et méditative.
Ensuite, tu peux ouvrir la Bible au hasard pour lire une parole de Dieu ou prendre l’évangile du jour sur aelf.org. Tu lis lentement une phrase et tu t’arrêtes : tu laisses les mots descendre en toi en silence. Tu peux relire la parole et au cours de ta journée revenir aux mots qui t’ont interpelé(e). Après, tu peux aussi prier pour une situation, un événement ou une personne et dire le Notre Père.
N’hésite pas à baliser ce temps dans ton emploi du temps de la journée. Ça peut être pendant la pause du midi car tu passes devant une église et tu choisis de t’y arrêter. Au lever avant de démarrer ta journée pendant que la maison est encore calme. Le soir juste avant le coucher, là, au pied de ton lit. C’est toi qui choisis ce qui te parait possible.
Attention, ne sois pas trop ambitieux : il faut que tu puisses tenir jusque Pâques ! Donc dis-toi que tu fais cela mardi et jeudi ; ou le mercredi car c’est plus facile, ou le samedi et dimanche.
Surtout, si ton organisation pèche et que tu n’y arrives pas, revois le rythme, le lieu, calmement, en faisant comme un bilan de ce que tu as pu vivre. Reprends-toi, ne te décourage pas : c’est le malin qui va venir distiller le doute en toi. Tu peux aller voir un prêtre pour repartir sur d’autres bases si tu juges que cela t’aidera. Bon chemin de Carême et belle aventure dans la prière !
Quel lien entre Carême et conversion intérieure ?
La réponse de sœur Anne-Claire Dangeard, o.p., membre de l’équipe « Carême dans la Ville »
Souvent, on voit le Carême comme une sorte de « marathon de la privation » ou un défi de volonté pure, un peu comme une détox de janvier mais avec une touche religieuse. Pourtant, si l’Église nous propose ces quarante jours, ce n’est pas pour nous transformer en champions de la frustration, mais pour opérer ce qu’on appelle la conversion intérieure.
Comme le Christ au désert, nous sommes appelés à laisser l’Esprit Saint guider nos pas. En choisissant le silence et la mise à l’écart, nous permettons à la Parole de Dieu de réordonner nos priorités. Entre prière, partage et pénitence, ce chemin de conversion nous ramène à l’essentiel : Dieu et les autres, pour entrer pleinement dans la lumière de Pâques.
Le mot « conversion », en grec (metanoia), signifie littéralement « changer de regard » ou « faire demi-tour ». Dans le tumulte de nos vies (entre les révisions, le job, les réseaux sociaux et les engagements), on finit souvent par vivre à l’extérieur de soi-même. On réagit plus qu’on ne choisit. Le fondement spirituel du Carême, c’est faire du vide en soi pour laisser toute la place à Dieu.
Pas besoin de s’isoler dans une grotte pour vivre ça ! Voici comment l’intégrer dans notre quotidien bien rempli :
1. La règle des « 3 secondes de silence »
Dans une journée de travail ou d’études, on court tout le temps. Mon astuce : avant chaque nouvelle tâche (ouvrir un mail, entrer en cours, commencer une réunion), prendre 3 secondes de silence en disant simplement : « Je suis là, et Seigneur, tu es là ».
Pourquoi ? Ça brise l’automatisme. On n’est plus une machine qui exécute des tâches, on redevient une personne présente. C’est une mini-conversion du regard sur son activité.
2. la règle du « Premier regard »
Pour chaque première interaction (collègue, commerçant, famille), s’arrêter 5 secondes. Ranger son téléphone, regarder la personne dans les yeux et lui offrir un vrai sourire ou une écoute totale à sa réponse.
Pourquoi ? Pour casser l’automatisme de nos rencontres « machinales » et décider que la personne en face de soi est plus importante que votre urgence ou votre écran.
Vous transformerez une simple politesse en un acte de présence qui valorise l’autre. L’idée est de casser l’automatisme de nos rencontres « machinales » pour remettre de la charité réelle dans nos échanges.
Comment vivre le Carême quand on travaille ou qu’on a une vie de famille ?
La réponse arrive !
Peut-on faire le Carême sans jeûner de nourriture ?
La réponse de Luclétia Johnson, adjointe en Pastorale scolaire dans le Val d’Oise, chargée de mission pour la pastorale des adolescents pour la Conférence des évêques de France :
Le mot jeûne vient du latin jejenus (« qui est à jeun »). De là, on a même eu déjeuner (disjejunare) et dîner (disjunare). Mais au-delà des mots, le jeûne, ce n’est pas juste une tradition sympa ou un truc décoratif : c’est une privation volontaire de nourriture, pas pour se punir, pas pour impressionner, mais pour grandir intérieurement.
Le catéchisme de l’Église catholique le dit clairement :
2043 – Le quatrième commandement (« Aux jours de pénitence fixés par l’Église, les fidèles sont tenus par l’abstinence de viande et l’observation du jeûne ») assure des temps d’ascèse et de pénitence qui nous préparent aux fêtes liturgiques et nous disposent à acquérir la maîtrise sur nos instincts et la liberté du cœur.
Qu’est-ce que le jeûne de nourriture catholique ?
L’Eglise distingue l’abstinence du jeûne.
L’abstinence c’est ne pas manger de viande ou autres nourritures (le mercredi des Cendres, les vendredis de Carême et le vendredi saint)
Le jeûne c’est en général un seul repas complet par jour.
Soyons précis ! Mais tu peux noter que l’Eglise demande de jeûner et de s’abstiner le mercredi de Cendres et le Vendredi saint.
Tu vois l’idée ?
Le jeûne, ce n’est pas une option décorative. C’est un entraînement du cœur. C’est apprendre à ne pas être esclave de son ventre, de ses envies ou de ses habitudes.
Pendant le Carême, le jeûne de nourriture peut prendre plusieurs formes :
Jeûner un jour par semaine (souvent le vendredi)
Réduire la quantité de nourriture consommée
Éviter certains aliments (viande, desserts…)
Faire un jeûne plus strict (ne rien manger, ne boire que de l’eau)
Mais attention : on ne joue pas avec sa santé. L’Eglise demande que soit observé le jeûne et l’abstinence qu’à partir de 14 ans. Le jeûne doit toujours être vécu de manière responsable, en tenant compte de son état de santé, de son âge, et de ses forces. Dieu ne demande pas l’imprudence. Il demande le cœur.
Alors oui l’Eglise demande de s’abstenir ou de jeûner de nourriture certains jours de carême.
Cette année le pape Léon XIV nous invite aussi à « une forme d’abstention très concrète et souvent peu appréciée, celle des paroles qui heurtent et blessent le prochain »
Le Christ lui-même l’a annoncé :
« Viendront des jours où l’Époux leur sera enlevé ; et alors ils jeûneront » Évangile selon saint Matthieu 9,18
Franchement, si on veut vivre un vrai Carême — pas un Carême « light », pas un Carême confortable — il faut accepter ce petit combat intérieur.
Et crois-moi : ce combat-là rend plus libre.
Quels efforts concrets choisir pendant le Carême ?
La réponse de Mgr François Gourdon, évêque de Saint-Dié :
Le passage de l’Évangile (Mt 6,1-6.16-18) qui est proclamé lors de la célébration d’imposition des Cendres, pour entrer en Carême, peut t’aider à choisir les efforts opportuns. Jésus, en effet, y parle d’aumône, de prière et de jeûne, à vivre dans le secret. Ces trois axes invitent à revisiter et à renouveler nos relations : relation aux autres, relation à Dieu, relation à nous-mêmes. Dans cet esprit, voici ce que je te propose :
Pour la relation aux autres, avec le Pape Léon XIV, je t’invite – en sollicitant l’aide de Dieu – à t’abstenir de paroles blessantes, pour être plus résolument acteur de paix et de réconciliation.
Pour la relation à Dieu, je t’exhorte à installer – si ça n’est pas encore le cas – un temps de prière quotidien en soirée, appelé à demeurer au-delà du carême, où tu relis ta journée – en présence du Seigneur et à sa lumière – avec ces trois mots : Merci, Pardon, S’il-te-plaît. Si ce temps est déjà mis en place pour toi, je t’invite alors à fixer un autre temps dans ta journée avec l’évangile du jour : il s’agit d’abord de lire le passage évangélique, de le laisser résonner en toi, de le mémoriser pour qu’il t’accompagne toute la journée et pour que tu accueilles ce que le Seigneur veut te dire.
Pour la relation à toi-même, je t’invite à prendre du recul sur tes habitudes pour discerner – avec le Seigneur – celles qui, le cas échéant, peuvent être toxiques ou anormalement chronophages. Cela pourrait être l’occasion de s’en priver, partiellement ou complètement, temporairement (durant le carême) ou définitivement, si cela apparaît bon et conforme à la volonté de Dieu auquel tu veux obéir.
Ces efforts de Carême peuvent te conduire à garder certains « réflexes », au-delà de la fête de Pâques, pour mener ta vie de disciple de Jésus. Ils te conduiront sans doute, également, à un examen de conscience qui t’aidera à vivre le sacrement de pénitence et de réconciliation (ou confession).
Comment tenir ton effort de Carême jusqu’à Pâques ?
La réponse de Luclétia Johnson, adjointe en Pastorale scolaire dans le Val d’Oise, chargée de mission pour la pastorale des adolescents pour la Conférence des évêques de France :
Le Carême, c’est un vrai défi. Quarante jours, ça peut sembler long quand ta vie est déjà bien remplie, et maintenir un rythme régulier sans repères clairs n’est pas simple.
Ce qui rend le Carême parfois difficile :
Se fixer des objectifs trop ambitieux
Voir le Carême uniquement comme un effort ou une privation
Ne pas prendre le temps de relire ce qui est vécu
La fatigue, le boulot, la famille… la vie quoi
Rassure-toi : se sentir découragé n’est pas une faiblesse, c’est juste humain ! Le Carême n’est pas une compétition, mais un chemin d’endurance où l’important est de persévérer.
Dans la vie chrétienne, il ne s’agit pas de tout réussir, mais de continuer à avancer, même lentement, même imparfaitement.
Le Carême, c’est l’occasion de revenir à l’essentiel, d’ajuster ton rythme et de te laisser rejoindre par Dieu dans ta vie quotidienne. Il ne s’agit pas de ne jamais tomber, mais d’apprendre à se relever et à reprendre la route. Attention, il est important que tu saches que le carême se vit tous ensemble, ce n’est pas un effort solitaire !
Pour tenir ton effort jusqu’à Pâques, voici quelques conseils :
Reconnais que c’est un vrai combat spirituel, à la suite de Jésus
Prie avec lui, jeûne avec lui, partage avec les autres comme il l’a fait
Engage-toi sur cette longue route, simplement, avec foi et détermination
Choisis un support pour t’accompagner : livret de Carême, parcours en ligne… quelque chose qui te serve de compagnon de route pour rester connecté à la parole de Dieu
Sois humble et miséricordieux avec toi-même, accepte tes fragilités
Garde le cap, avance jour après jour, sans viser la perfection
Si tu fais une pause, reprends le chemin sans culpabiliser
Reste fidèle, mais sans pression
Reste toujours en lien avec ta communauté paroissiale, ton groupe de chrétiens, quelques amis,
Tenir son effort de Carême, ce n’est pas être parfait. C’est vivre un Carême sincère, fait de reprises, de fidélité et de petits pas. Dieu ne t’attend pas au bout du chemin : il marche avec toi, jour après jour.
Comme le rappelle Jésus :
« Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » Marc 14,38
Comment garder l’esprit du Carême toute l’année ?
La réponse de Mgr François Durand, évêque de Valence :
Notre vie est faite de rythmes, d’étapes. Pour ne pas nous installer dans la routine, prendre de mauvais plis ou encore nous habituer au péché, nous avons besoin de rappels et d’encouragements. Le temps béni du Carême, à l’approche de la fête de Pâques, nous rappelle que nous avons à vivre pleinement notre baptême. Il nous encourage à mettre concrètement en œuvre notre vie chrétienne. Il est comme un tremplin pour ne pas vivre la foi chrétienne à moitié. C’est un appui et un élan pour rester fidèle au Christ.
La foi est affaire de confiance et de fidélité. Toute l’année, jour après jour, le Christ ressuscité est avec toi. Chaque jour aussi, des personnes te sont données à aimer.
Pour garder l’esprit du Carême toute l’année :
Je t’encourage à commencer chacune de tes journées par un temps choisi avec le Seigneur. Tu lui donnes ainsi la première place. Tu lui dis ton amour. Tu lui confies tes rencontres du jour, ce que tu as à faire pour tes études, ton travail, ta famille. Tu décides de vivre cette journée avec lui. Ce temps n’est pas nécessairement très long ; il est comme un rituel inscrit dans ton quotidien. Au cours de ce temps, tu peux aussi lire l’évangile qui sera proclamé à la messe du jour et en garder quelques mots en mémoire.
Je t’invite à vivre chaque semaine une action de service gratuit pour d’autres personnes. Nous ne pouvons pas agir seulement de manière utilitaire ou par intérêt. Que ce soit dans le cadre d’un bénévolat associatif ou de manière très simple, en étant attentif à une personne souffrant d’isolement ou à une personne malade, ce service t’aidera à demeurer fidèle au Christ.
Je te propose enfin, pendant le Carême, de choisir un point concret de conversion et de commencer à le mettre en œuvre. Tu peux même écrire ce que tu as ainsi décidé de changer, de manière exigeante et réaliste. Chaque trimestre ou deux fois par an, prends si possible une journée dans un lieu priant (monastère, sanctuaire, centre spirituel, etc.) pour méditer la Parole de Dieu, relire ta vie, notamment à partir de ce point de conversion, et recevoir le sacrement de pénitence et de réconciliation (la confession).
Au cours de l’année, chaque fête chrétienne prendra ainsi pour toi plus de relief. Jour après jour, le Christ grandira en toi.
Qu’est-ce qu’un Carême solidaire ?
La réponse de Mgr Gérard Le Stang, évêque d’Amiens :
Le Carême est donc une démarche pour mourir avec le Christ afin de vivre avec lui. Un temps liturgique de 40 jours pour sortir de soi-même et de ses convoitises, pour aimer davantage Dieu et le prochain.
Apprendre à mourir avec le Christ c’est concret. Jésus rappelle trois moyens, liés entre eux, et à vivre sous le regard du Père, avec discrétion et humilité : la prière, le jeûne et l’aumône.
Le mot aumône recouvre la pratique du partage, de la solidarité, de la compassion, de pardon… Ce n’est pas un geste de pitié distant envers l’autre, peu engageant et sans amitié. Par la solidarité, nous apprenons à ne pas faire notre salut par nous-mêmes et nos actes héroïques, mais à ouvrir davantage notre cœur à Dieu, pour aimer comme Jésus nous a aimés.
Jésus a dit dans la parabole du jugement dernier : Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères (affamé, nu, étranger, malade…), c’est à moi que vous l’avez fait (Matthieu 25). Se rapprocher de Dieu et du pauvre, c’est tout un.
La prière et le jeûne débouchent sur le don de soi et l’amour des autres, en particulier des pauvres. La prière nous fait adorer Dieu davantage, et le jeûne nous sort de l’égoïsme et de mauvaises habitudes. Ces deux chemins se concrétisent en gestes d’amour, de bonté, de solidarité et de partage. Durant le carême, les catholiques cherchent, en outre, à se réconcilier et à retrouver le lien de la charité, comme un peuple en marche, confiant dans les promesses divines, ouvert à la vie plus forte que la misère. Chacun est appeler à se repentir et à se tourner davantage vers les autres, avec une foi et un amour raffermis.
Concrètement, chacun choisit des actes concrets de solidarité : dons financiers (avec l’argent des repas jeûnés par exemple), soutien à une association de solidarité qui lutte contre la faim ou pour la paix, visite aux malades, prisonniers ou personnes âgées, soutien à des collègues en difficulté ou des étrangers etc. Chacun peut aussi faire un examen de conscience en se demandant : ma vie est-elle tournée vers les autres ? Mes idées sont-elles conformes au regard de Jésus sur les pauvres ? N’est-il pas temps d’arrêter de penser trop à moi ?
La solidarité nous fait rejoindre Jésus sur le chemin de croix. Il donne sa vie en sacrifice d’amour. Il ne garde rien pour lui. Il refuse la violence. Il pardonne à ceux qui le mènent à la mort. Il tourne vers la vie.
Un Carême solidaire fait partie intégrante du chemin vers la joie pascale.
Comment vivre un Carême de partage ?
La réponse du père Nicolas Rousselot, jésuite, chapelain de l’église Saint-Ignace à Paris :
Dans l’Evangile, Jésus enseigne les trois pistes classiques pour se rapprocher de Dieu : prier, jeûner et faire l’aumône. Je revivifie ma relation à Dieu (prière), à moi-même (jeûne) et aux autres (aumône). Pour les chrétiens, l’idée première est de changer son cœur (se « convertir ») pour arriver à Pâques, le cœur le plus ouvert possible.
Ces trois pistes conduisent toutes au partage :
Si je prie pour moi et pour les autres, en particulier pour ceux que je n’aime pas assez ou que j’oublie, j’élargirai mon regard grâce à cette prière de partage.
Si je jeûne de mes conduites plus ou moins boulimiques : nourriture, alcool, tabac, écrans bien sûr ; si je jeûne de la parole ironique, langue de vipère ou égocentrique ; si je jeûne du regard et des pensées de perpétuelle comparaison, l’ascèse (l’effort) de mon Carême tournée vers les autres sera puissante.
Si je donne de mon argent, si je propose mon aide, si j’offre des sourires ; si je tends une perche de réconciliation, une « mise au point fraternelle ; si je partage la foi, la recherche de la vérité, si j’ose témoigner, alors mon chemin vers Pâques sera un vrai Carême de partage.
À qui donner pendant le Carême ?
La réponse de Mgr Denis Jachiet, évêque de Belfort-Montbéliard, accompagnateur des questions de solidarité pour la Conférence des évêques de France
Parmi les actions incontournables du Carême, avec la prière et les autres efforts de conversion, il y a le partage, qu’on appelle traditionnellement l’aumône. A qui suis-je censé destiner ce don d’argent ? Faire un don de Carême n’est pas seulement un acte philanthropique ou militant. Ce don fait partie de ma démarche de transformation intérieure qui va me préparer à célébrer Pâques avec un cœur renouvelé. Ce geste de partage ne devrait pas être détaché de ma prière ni de mes autres actes concrets de charité. En effet, si je prends au sérieux le Carême, mon itinéraire de conversion touchera ma relation à Dieu, aux autres, mon rapport à l’argent…
Je vais choisir de destiner ce don d’argent à soutenir les besoins de ceux que je vais aussi porter par ma prière et, dans l’idéal, par mes engagements. Ajoutons une distinction utile. L’aumône est un geste de charité gratuit pour les pauvres. En revanche, le Denier de L’Église ou la quête à la messe sont des actes de justice qui sont dus en conscience à L’Église. Alors, vers quelle œuvre me tourner pour verser mon don de partage envers les pauvres ? Il y a l’embarras du choix ! Comment continuer à garder au cœur, tout au long du Carême, l’œuvre ou le projet que j’aurai choisi d’aider ? Une idée serait d’en afficher la photo dans un endroit choisi comme mon coin prière.
Voici une proposition. La Terre sainte où Jésus est né, a vécu et a donné sa vie subit depuis des années des conflits qui se répercutent sur ses habitants les plus pauvres. Pourquoi ne pas choisir d’orienter mon don vers une œuvre d’Eglise qui se consacre à soulager ceux qui souffrent en Terre sainte ? Et voici une série d’organismes catholiques qui s’y emploient : Œuvre d’Orient, CCFD-TS, AED, Secours Catholique, Ordre de Malte, Ordre du Saint Sépulcre.
Dans son message de Carême le pape nous invite à entrer dans l’écoute intérieure et à prêter l’oreille, comme Dieu, au cri des pauvres. « Dieu aime celui qui donne avec joie (2 Co 9, 7). À ceux d’entre nous qui sont peu enclins aux gestes gratuits et n’y portent aucun intérêt, la Parole de Dieu indique que la générosité envers les pauvres est un véritable bien pour ceux qui l’exercent : en agissant ainsi, nous sommes aimés de Dieu d’une manière particulière. » (Léon XIV Dilexi te 33).
Comment vivre un Carême solidaire sans être riche ?
La réponse de frère Philippe Jeannin, dominicain, membre de l’équipe « Carême dans la Ville » :
Pas besoin d’être riche pour être généreux… D’ailleurs les pauvres le sont généralement davantage que les riches. Ce que rappelle cet épisode au temple : « Levant les yeux, Jésus vit les gens riches qui mettaient leurs offrandes dans le Trésor. Il vit aussi une veuve misérable y mettre deux petites pièces de monnaie. Alors il déclara : « En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres. Car tous ceux-là, pour faire leur offrande, ont pris sur leur superflu mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre. » (Lc 21, 1-4)
Les trois recommandations rappelées Jésus au début du carême – le jeûne, la prière et l’aumône – s’adressent à chacun selon ses capacités… et aussi selon la portée qu’il veut donner à son geste. Jésus loue ici l’attitude de la veuve sans ressources, à l’inverse de celle du riche qui donne de son superflu, c’est-à-dire sans se priver vraiment.
Ce récit m’enseigne que je peux vivre un vrai carême solidaire, même avec peu de moyens, mais surtout avec générosité sincère, en partageant de mon nécessaire, quitte à me priver un peu, plutôt qu’en donnant ce qui ne me coûtera pas.
Le Carême existe-t-il chez tous les chrétiens ?
La réponse arrive bientôt !
Pourquoi les chrétiens ne jeûnent-ils pas comme les musulmans ?
La réponse arrive bientôt !
Que change vraiment le Carême dans la vie d’un chrétien ?
La réponse de Mgr Franck Javary, évêque de Châlons :
Vivre le carême, c’est suivre l’exemple de Jésus parti 40 jours au désert avant de commencer sa mission. C’est un temps de purification et de conversion qui nous prépare à fêter Pâques avec une grande joie. Les trois piliers du Carême sont le jeûne, la prière et le partage. Jésus en donne le sens spirituel dans ce beau discours que tu trouves dans l’évangile selon saint Matthieu (6,1-18). Voici les bénéfices spirituels du Carême : le jeûne allège ton corps du superflu et libère des mauvaises habitudes ; la prière plus intensive te rapproche de Dieu ; le partage généreux de tes biens te rapproche des pauvres.
Et n’oublie pas que le carême se vit avec tous les chrétiens dans le monde : c’est vraiment le moment d’aller à la messe le dimanche (et pourquoi pas aussi en semaine) ou de participer à un groupe de partage. Ne reste pas seul !
Attention aussi : le Carême n’est pas un simple « exercice » comme une sorte de salle de musculation spirituelle ! C’est un chemin vers Pâques, tous nos efforts servent à préparer notre cœur pour suivre Jésus dans sa passion, sa mort sur la croix et sa résurrection. Le plus beau fruit du Carême, tu le recevras de Dieu dans les célébrations de Pâques car il veut renouveler ton baptême, si tu l’as déjà reçu ou te le donner, si tu te prépares à le recevoir.