Prions avec les moniales de l’Emmanuel à Bethléem
Pour la deuxième semaine de Carême, marchons avec les soeurs de l'Emmanuel de Bethléem.
Voici l'intention de prière qu'elles confient aux fidèles en France :
Que le Seigneur nous donne la grâce d’être des témoins d’espérance, instruments, indispensables de consolation, prêt à reconstruire des modèles de coexistence sur les ruines de ce temps, sur les murs de nos vies, car la paix commencera quand nous reconnaitrons la vérité et la dignité de chaque être humain quand nous saurons voir le visage de Dieu dans l’autre.
Qui sont les soeurs de Bethléem et quel est leur charisme ?
Situé sur l’une des collines qui entourent Bethléem, le monastère de l’Emmanuel est membre de la Congrégation Bénédictine de la Reine des Apôtres, affiliée à la Congrégation de l’Annonciation. D’esprit missionnaire, la vocation de la Congrégation est de rayonner la vie monastique et d’implanter la vie bénédictine là où elle n’existe pas encore ou n’existe plus. C’est en 1954 qu’un évêque grec-catholique de Galilée est venu les trouver pour leur demander de bien vouloir fonder un monastère en Terre Sainte de rite grec-catholique. Les sœurs, en priant dans la langue arabe et en connaissant le monde musulman, ont une double mission : contribuer à faire revivre au sein de l’Eglise catholique les traditions de l’Eglise indivise et constituer un foyer de prière pour l’Unité des Chrétiens.
Que peuvent-elles nous dire de la situation qu’elles vivent en ce carême 2026 ?
Bethléem est une petite ville de Cisjordanie, enfermée derrière un mur de séparation, de 9 mètres de haut… Largement dépendante des pélerins, Bethléem souffre de leur absence depuis plus de deux ans: sans travail ni revenu, la ville souffre de la pauvreté … et plus largement que ça, la Terre Sainte entière souffre de la violence et de la haine qui continuent à polluer les relations, de l’agressivité et des incompréhensions que ce conflit interminable entrainent.
Depuis mars 2003, le mur « barrière de sécurité » qui sépare Bethléem de Jérusalem se dresse devant l’entrée du monastère. Il se situe à deux cents mètres de l’un des trois points de passage de la région entre la Palestine et Israël, et à cinq cents mètres de la tombe de Rachel, un lieu de Terre Sainte particulièrement conflictuel.
Nous aussi, vivant à Bethléem, nous souffrons de la situation tragique actuelle. Chaque jour, nous ne savons pas si nous aurons de l’eau, de l’électricité, si le mur sera ouvert, si la journée sera paisible… Et pourtant, nous choisissons de rester. Alors que nous aurions tout ce qu’il faut pour vivre normalement en France, nous choisissons, rien que pour aujourd’hui, de rester dans cette situation si oppressante et écrasante. Nous vivons au pied d’un mur de 9 mètres de haut… Les murs c’est ce qui fait de nos vies des impasses, c’est ce qui nous empêche de regarder devant nous… Tous nous avons des impasses dans nos vies, des lieux sur lesquels nous buttons et qui nous empêchent d’avancer. Choisir de lever la tête vers le ciel plutôt que de se taper la tête contre le mur, c’est la façon dont nous avons choisi de vivre notre mission en Terre sainte, aujourd’hui.
Le vendredi saint, après la mort du Christ, tout le monde a disparu. Ses amis ont fui, d’autres sont accablés, et la seule qui continue à croire que la mort n’est pas la fin, la seule qui porte dans son cœur toute l’espérance du monde, la seule grâce à qui l’espérance n’a pas disparu du monde et continue à exister : c’est Marie. Elle espère contre toute espérance, c’est absurde est tellement grandiose ! tellement divin! Jésus est mort supplicié sur la croix et elle continue à croire vraiment qu’Il est vivant, Victorieux et vainqueur. En Terre Sainte aussi, l’absurdité et la mort nous entourent, la haine, la violence, l’agressivite et le non-sens ont pris le devant de la scène … mais parce que nous suivons Jésus-Christ, nous sommes les porteurs de l’Espérance de nous relever et de ressusciter avec lui. Nous sommes frères et sœurs de celui qui nous rappelle la dignité de tous, sans distinction de religion ou de nationalité. L’espérance n’est pas une solution au conflit, ce n’est pas un slogan ou quelque chose à défendre. Ça ne rime à rien de militer pour l’espérance mais c’est une manière de vivre et de voir la vie. Garder la route ouverte quand bien même il y a des murs, avoir conscience de l’autre, tel qu’il est, et non tel que je voudrais qu’il soit. C’est cela notre espérance, notre choix de vie, rien que pour aujourd’hui.
La réponse de Dieu à la question de la souffrance ce n’est pas une explication, c’est une présence. La force du Christ sur la croix, c’est de ne pas avoir cédé à la haine, de ne pas avoir répondu au mal par le mal. Il a gardé sa liberté d’aimer même dans la souffrance extrême. L’espérance ne me protège pas de la douleur mais elle me fait tenir debout. Le mal fait partie de notre histoire. Il blesse, il tue, il décourage mais il n’aura pas le dernier mot. Le dernier mot c’est l’amour et c’est plus fort que la mort. L’amour qui relève, qui guérit, qui sauve. Le tombeau est vide, en Terre sainte nous l’avons vu de nos yeux ! La mort n’a pas le dernier mot ! Nous demandons au Seigneur que notre simple présence puisse porter avec Lui, le poids de vies fracassées, c’est le sens de notre vie aujourd’hui parce que au cœur, même du mal, il reste un mystère plus grand: celui de l’amour qui ne renonce jamais.