Passons la 3ème semaine de carême avec les moines et moniales d’Abu Gosh
Pour la troisième semaine de carême, marchons les moines et moniales d'Abu Gosh
Les frères nous confient cette intention de prière :
Donne à tous les hommes qui vivent sur cette terre meurtrie par la haine et le mépris de reconnaître en chacun un être humain voulu et aimé par toi.
Les soeurs nous confient celle-ci :
A partir de la situation dans laquelle le Seigneur nous a mis, merci de nous rejoindre par la prière et par votre présence sur cette terre.
Nous vous invitons à prier avec nous, pour que grandisse la fraternité entre tous les habitants, qu'ils soient juifs, chrétiens ou musulmans.

Qu’est-ce que les soeurs ont à nous dire de la situation qu’elles vivent en ce carême 2026 ?
« Notre vocation pour la Terre Sainte est un Chemin »
Il s’agit pour la communauté bénédictine d’être humblement à l’écoute de cette Terre Sainte dont les pierres mêmes crient et chantent l’attente de toute la terre. Vivre ainsi dans une fervente prière de veilleur ne va pas sans une connaissance cordiale du milieu où il se trouve et comme une familiarité avec lui.
Être présents au lieu de la déchirure entre Église et Synagogue, lieu germinal de toutes les divisions et discordes entre chrétiens.
Dans l’esprit du Concile Vatican II, les moniales ont été envoyées en 1977 par la communauté du Bec-Hellouin, en Normandie, pour rejoindre leurs frères et vivre leur vie monastique de prière et de réconciliation là où a eu lieu la rupture entre la Synagogue et l’Église naissante. L’initiative de Dieu les a implantés au cœur d’un village arabe, entièrement musulman. Aujourd’hui, elles sont 14 sœurs de 4 nationalités.




Témoignage Yisca Harani, Chercheuse en sciences religieuses
Shalom !
Je m’appelle Yisca. On m’a demandé de parler de ma relation avec la communauté d’Abu Gosh et de ce qu’elle signifie pour ma vie. Je dirai donc qu’Abu Gosh est connu dans tout Israël comme un lieu « sur le chemin », à visiter. C’est un endroit que fréquentent ceux qui cherchent la spiritualité ou simplement les voyageurs curieux. C’est un lieu accessible et ouvert, qui n’est pas antagoniste, parce qu’il est empreint d’amitié, et où l’on n’a aucune crainte d’aller.
Mais pour moi, il y a quelque chose de plus profond : une relation ancienne et continue, d’une grande intimité personnelle. C’est une relation qui dure depuis 30 ans. Et plus particulièrement avec l’une des sœurs, Mère Ignace. Mais en réalité, je la vois comme la représentante de ma relation avec toute la communauté. Je dirai que le regard de Mère Ignace est en fait le regard de la communauté tout entière lorsqu’on me demande : « Comment allez-vous ? ». Et cela a une valeur inestimable dans notre monde, car ils veulent vraiment savoir comment je vais, se souciant du bien-être de mon âme, de ma famille, avec un intérêt sincère et profond. Quand ils me demandent « Comment vas-tu ? », je sais que c’est sans attente ni arrière-pensée.
Au fil des années, j’ai amené beaucoup de mes étudiants à Abu Gosh, et nous avons eu la chance de participer à plusieurs festivités. Mais je veux évoquer une fête qui, pour moi, est devenue un pèlerinage annuel avec mes étudiants : la fête du début février, la Présentation au Temple, l’Hypapantè. Nous y participons avec les sœurs et les frères, dans ce qui représente pour eux l’entrée de Jésus au Temple. Et nous, en tant que juifs, nous les accompagnons symboliquement dans cette entrée. C’est une expérience vraiment unique, car chaque année, nous y participons pleinement. C’est, je pense, une occasion rare, peut-être unique au monde, qu’ils m’ont offerte, et c’est devenu pour nous, membres du peuple juif, un exercice spirituel annuel. C’est différent du fait d’assister à la messe de Noël ou de Pâques.
Je dirai que la communauté d’Abu Gosh, en raison de son emplacement et de sa vocation de pont, a ceci de particulier : elle a vu en moi — et je ne suis qu’une parmi, je ne sais, combien de milliers d’Israéliens — une personne humaine, pas une simple visiteuse. Ils ne nous perçoivent pas comme un chiffre de plus dans les statistiques des visiteurs. Comme je l’ai dit, il y a une attention profonde, un intérêt sincère lorsqu’ils demandent de mes nouvelles.
Et quelque chose que je n’oublierai jamais jusqu’à la fin de ma vie, c’est qu’après le 7 octobre, leur sollicitude et leur attention envers mon âme blessée étaient présentes. Elles ne venaient pas d’une position politique, mais simplement de ce sentiment : « il y a une âme blessée, nous connaissons cette personne, nous voulons savoir comment elle va ». C’était, à ce moment-là, quelque chose de très rare, malheureusement. La communauté d’Abu Gosh a montré l’humanité dans ce qu’elle a de plus profond.
Je dirai que cette relation est certainement réciproque : la communauté vient à notre rencontre là où nous sommes. C’est une communauté contemplative, donc ce n’est pas chaque jour ni chaque semaine, mais c’est la raison pour laquelle j’ai apporté cette photo en arrière-plan. Pour montrer que, lorsque j’ai invité les sœurs à la lecture du rouleau d’Esther, le livre d’Esther, pour Pourim, elles sont venues chez ma famille. Vous pouvez y voir mes frères et sœurs, vous pouvez voir mon mari, vous pouvez voir ma fille ; c’est un exemple d’une véritable relation et d’une réelle amitié : Cela va dans les deux sens.
En préparant cette petite vidéo, j’ai vraiment compris la singularité et l’importance de la famille d’Abu Gosh — je ne veux plus dire « communauté ». Je peux résumer cela en une phrase : c’est un sentiment d’assurance, de sécurité. Un havre sûr. Pourquoi ? Parce qu’en tant que juifs, nous ressentons avec cette communauté que nous sommes sous un même parapluie. Et comme vous le savez, nous sommes tous sous un même parapluie. Nous pouvons être très différents, mais il y a un parapluie au-dessus de nous. Et, dans les temps de tempête et de pluie, il nous abrite. Ce qui est unique, c’est cette certitude intérieure qu’il y a, sous ce parapluie, de la place pour chacun de nous, parce qu’il y a une préoccupation réelle pour que nous restions tous à l’abri.
Je sais donc que j’ai une place auprès d’eux, et qu’ils ont une place auprès de moi. C’est une relation de profonde communion, et ce ne sont pas des gestes symboliques ni de belles occasions de photo : c’est la véritable mise en œuvre du commandement « Aimez-vous les uns les autres ». Et pour cela, je suis profondément reconnaissante — reconnaissante pour l’existence de cette famille dans ma vie et dans la vie d’Israël.



Témoignage du Rabbin Oded Peles
Je m’appelle le rabbin Oded Peles, de Jérusalem. Et je voudrais partager avec vous combien je me sens heureux et chanceux d’être l’ami de la communauté d’Abu Gosh.
C’est une communauté auprès de laquelle nous avons tellement appris et reçu, simplement en étant leurs amis, en leur rendant visite. J’y ai découvert tant de choses sur la foi profonde, la croyance pure, l’engagement envers Dieu et envers la religion — mais aussi sur la foi en chaque être humain, en chaque croyance, en chaque religion, en chaque culture. Qu’ils soient musulmans, chrétiens ou juifs, ils accueillent chacun dans leur maison. Par là, ils bâtissent des ponts en Terre Sainte, mais aussi dans le monde entier — et c’est précisément ce dont nous avons le plus besoin : ouvrir nos maisons et nos cœurs à tous, quelles que soient leur religion ou leur foi. Et c’est exactement ce que fait la communauté d’Abu Gosh, avec tant de profondeur, de beauté, et d’humanité ; elle accomplit une mission si nécessaire dans ce monde.
Ils accueillent aussi chacun dans leur foyer comme un ami proche, ouvrant leur cœur et leur maison à tous. Je me sens chez eux tellement le bienvenu, tellement « à la maison ». J’y vais parfois pour des retraites, que ce soit dans le jardin du Père Lustiger, dans la bibliothèque, ou pour prier avec eux. En plus des temps de prière et de partage d’expériences de vie, nous étudions aussi ensemble — ce qui est une expérience merveilleuse : étudier ensemble les Livres saints, la Bible hébraïque et le Nouveau Testament.
Ce sont des moments très beaux, des expériences uniques que l’on vit en visitant la communauté d’Abu Gosh. Et je voudrais encourager chacun à venir, d’abord à venir en Terre Sainte et à nous rendre visite. C’est un lieu sûr, merveilleux, saint, unique, qui nous relie à nos racines, à notre culture, à notre religion et aux autres. Des lieux comme la communauté d’Abu Gosh sont de véritables ponts entre les personnes, les cultures et les religions. Abu Gosh est un pont magnifique, une maison accueillante, un lieu de foi et d’amitié ; et je veux les saluer de tout cœur, en espérant que beaucoup viendront leur rendre visite, et que la paix régnera dans le monde et dans ce pays.

Témoignage du rabbin Tamar Elad-Appelbaum
Shalom ! Bonjour !
C’est pour moi le plus grand honneur d’exprimer ma gratitude et ma profonde reconnaissance à toute la communauté catholique ici en Terre Sainte, et tout particulièrement à la communauté d’Abu Gosh, nos amis si chers, très, très aimés.
Je m’appelle la rabbin Tamar. Je suis la rabbin de la communauté de Sion, ici à Jérusalem, ainsi que de son Séminaire rabbinique, dont je suis l’une des fondatrices.
C’est pour moi un immense honneur que, il y a treize ans, nous ayons décidé d’entreprendre un chemin, de partir à la rencontre de ces personnes incroyables et saintes qui œuvrent pour la foi en Terre Sainte. Travailler pour la foi est un vrai travail de cultivateurs : c’est consacrer chaque jour à la confiance et à la conviction que nous pouvons vivre ensemble et tisser entre nous un tissu de bonté.
Chaque fois que je rencontre la communauté d’Abu Gosh, je me sens profondément inspirée par la sainteté, la beauté, la bienveillance, l’amitié et la confiance qu’ils cultivent dans ce labeur de cultivateurs de la foi, jour après jour, semaine après semaine, pendant les jours saints — au service à la fois du peuple catholique et du peuple juif — toujours avec le sourire, toujours la main tendue et le cœur ouvert.
Ce fut un privilège de travailler ensemble, de créer ensemble, ici, dans cette Terre Sainte, dans cette Ville Sainte, un véritable réseau de bonté où les gens s’entraident vraiment, sincèrement. Et recevoir un tel soutien est d’une importance inestimable, surtout au cours des années si difficiles que nous avons traversées.
Pour moi, cette amitié est la véritable vocation de cette ville, et chaque fois que je regarde cette communauté, je dis : « Alléluia ! »
Alors, je prie de tout mon cœur pour que cette communauté continue à être une lumière pour tous, que nous ayons la grâce de poursuivre ensemble notre belle œuvre commune, et que nous restions toujours des cultivateurs de la foi en Terre Sainte. Amen.
Vous pouvez suivre leurs actualités sur leur site web et sur leur page Facebook.